Le Télégramme – 24 juillet 2017 – Hervé Queillé

Dans son dernier ouvrage, « Éloge de la culture en temps de crise » (Apogée), Jean-Michel Le Boulanger, vice-président du Conseil régional en charge de la culture (notre photo), fait l’éloge de la culture, valeur essentielle pour construire un avenir qui laisse toute sa place à l’humain, à l’humanité et à une vie de sens.

Pourquoi ce manifeste ?
J’avais envie de pousser un « coup de gueule ». Cette question de l’art et de la culture est extrêmement importante. Or, elle passe au second plan, voire est complètement oubliée. Sa place a été très faible depuis un an dans les débats et je m’en désole car nous ne sommes pas uniquement des consommateurs ou des producteurs. Nous sommes aussi des citoyens, des hommes et des femmes qui ont besoin de s’épanouir, individuellement et collectivement, en faisant société et humanité ensemble. Notre vie ne se résume pas à la sphère financière et économique, même si ces débats, évidemment, ne sont pas secondaires, surtout dans une période autant rongée par le chômage.

La culture comme outil d’éducation du citoyen ?
Toute œuvre ou projet culturel et artistique est un outil essentiel pour s’ouvrir au monde (…), se forger un sens critique et nourrir une conscience politique. Comme l’a écrit Victor Hugo, la culture et l’éducation sont les deux seules vraies armes contre les abaissements de la pensée. On parlerait aujourd’hui des populismes et des nationalismes, qui ont mené à l’Histoire tragique du XXe siècle. D’où, quand on voit le contexte actuel, des États-Unis à la Pologne en passant par la Russie, l’islamisme intégriste qui ronge toute une part du monde et la montée d’un populisme d’extrême droite en France, la nécessité de remettre la culture au centre des débats.

Êtes-vous optimiste ?
Je suis inquiet mais optimiste car il existe aussi beaucoup d’expériences positives, créatrices, émanant de la société civile, telles des lucioles qui éclairent ; l’avenir d’un humanisme du XXIe siècle est là. Il y a tous ces artistes et tous ces bénévoles qui portent des projets dans les territoires, organisent des autres manifestations, particulièrement en Bretagne. Ces nouvelles générations expérimentent, inventent un monde nouveau (…).

La culture, c’est aussi de l’économie ?
On le mesure mal car c’est tellement émietté. Mais la culture est une réelle force économique. Selon le ministère de l’Économie, la culture génère 650.000 emplois directs en France, soit 3,2 % du PIB, avec un poids sept fois supérieur à l’industrie automobile. L’impact des Vieilles Charrues est évident sur Carhaix (29). Mais, « l’entreprise culture » est partout, comme à Mellionnec (22), exemple emblématique, qui s’est développée autour du film documentaire depuis dix ans. La culture c’est aussi des emplois. Le problème, qui concerne tous les secteurs, est que l’économie productrice est dominée par la finance. Il est temps de dire halte à la tyrannie du chiffre.

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