Ce jeudi 2 mars, Forough Salami-Dadkhah, Vice-présidente du Conseil régional en charge de l’Europe et de l’International, animait une conférence sur les impacts du Brexit en Bretagne. L’occasion pour elle d’évoquer l’action de l’Europe en Bretagne.

Depuis 2014, la Région Bretagne est autorité de gestion des fonds européens. Concrètement, qu’est-ce que cela signifie ?

La régionalisation des fonds européens répond à une revendication portée par les Régions depuis de nombreuses années. Cela permet en effet d’harmoniser les objectifs de l’Union européenne avec ceux des politiques régionales, pour finalement donner du sens et offrir une véritable puissance financière.

C’est par ailleurs l’occasion pour nous de créer du lien avec les porteurs de projets dans les territoires de Bretagne, et de favoriser l’écoute et le dialogue. Ainsi, nous prenons en compte les difficultés qu’ils peuvent rencontrer pour adapter et simplifier les dispositifs régionaux, selon les besoins exprimés.

Sur le FEDER (Fonds Européen de Développement Économique Régional), le Conseil régional gère la programmation, c’est à dire les choix d’attribution des fonds, ainsi que le paiement. Nous avons donc entièrement la main et les retours de terrain sont très bons.

Nous avons choisi de flécher une partie du FEDER et du FEADER (Fonds Européen Agricole pour le Développement Rural) directement sur les projets portés par les territoires, pour créer un effet de levier financier jusqu’alors inédit. C’est une particularité bretonne, nous sommes la seule Région de France faire ce choix.

À propos du FEADER justement, il est important de préciser que le Conseil régional gère là aussi la programmation, mais que le paiement des fonds est délégué à une agence nationale. Des retards de paiement se sont accumulés pour des raisons techniques et administratives, mais nous nous sommes très tôt mobilisés en Bretagne. Aux côtés du ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll, Jean-Yves Le Drian a donné l’alerte pour débloquer la situation et faire des propositions afin que cette situation ne se reproduise plus.

Quels types de projets sont soutenus par l’Europe en Bretagne aujourd’hui ?

L’Europe est aujourd’hui partout en Bretagne. Elle finance les grands projets structurants pour notre région, mais elle soutient également les dynamiques des villes moyennes. Pour citer quelques exemples concrets, ce sont 15 millions € investis pour le terminal dédié aux énergies marines renouvelables du port de Brest, 5 millions € pour le téléphérique à Brest également, ou encore 30 % du pôle d’échanges multimodal de Vitré, un projet à près de 5 millions €.

L’Europe ce sont aussi les aides à l’installation des jeunes agriculteurs, les MAEC (Mesures Agro-Environnementales et Climatiques) qui connaissent un succès inédit en Bretagne, ou encore la revitalisation des zones rurales, avec par exemple le maintien des petits commerces dans les centres-bourgs grâce aux contrats de partenariat Europe/État/Région/Pays.

Le FEAMP (Fonds Européen pour les Affaires Maritimes et la Pêche), quant à lui, permet de développer la pêche, l’aquaculture et tout ce qui a trait aux questions littorales. C’est indispensable pour la première région maritime de France.

Je crois qu’il est nécessaire de chacun.e comprenne l’importance de l’Europe dans notre quotidien. Sans elle, de nombreux projets ne verraient jamais le jour.

Jean-Yves Le Drian a saisi le Conseil économique social et environnemental régional (CESER) sur les conséquences du BREXIT en Bretagne. Quelles grandes lignes ressortent de cette étude ?

La Bretagne entretient une relation historique et très directe avec le Royaume-Uni. Ce qu’il s’y passe aura forcément des répercussions pour nous, tôt ou tard. Aussi, si nous ne nous satisfaisons pas de la situation, nous avons souhaité anticiper et nous préparer.

Car les conséquences sont nombreuses et les enjeux cruciaux.

Ainsi, pour certains types de pêche, pas moins de 70 % des captures se font dans les eaux britanniques. Nous maintenons sur ce sujet une grande vigilance, et le rapport du CESER nous apporte le poids nécessaire pour demander qu’une négociation spécifique soit menée sur la pêche.

L’agroalimentaire est également un secteur très concerné, le Royaume-Uni étant le 5ème client importateur de la Bretagne.

D’autre part, certains investisseurs, jusqu’alors présents au Royaume-Uni afin d’accéder au marché européen, quittent, ou se préparent à quitter le territoire britannique. Nous devons être au rendez-vous pour les accueillir en menant un travail sur l’attractivité économique de la Bretagne.

Un point plus symbolique mais tout aussi important est à mon sens l’impact du Brexit pour les citoyen.ne.s : pour les Britanniques installé.e.s en Bretagne bien sûr, mais également pour les membres des laboratoires de recherche et les universités : les projets de recherche européens nécessitent la mise en place de partenariats, cela demande du temps et de l’énergie. Le Brexit suppose donc la recomposition de ces équipes et au final, ce sont les citoyen.ne.s qui en pâtiront.

De nombreuses questions se posent également pour les étudiant.e.s : 15.000 jeunes Britanniques font leurs études dans un autre pays européen, quand 27.000 étudiant.e.s européen.ne.s sont présent.e.s au Royaume-Uni. Que vont devenir les programmes Erasmus et Erasmus + ?

Aussi, j’ai pris contact avec les Vices-présidents des universités bretonnes en charge des questions internationales, pour que nous puissions coordonner notre action sur ces sujets.

Le Brexit implique par ailleurs une refonte complète du budget européen. En France, nous avons l’habitude d’évoquer les sujets budgétaires seulement quelques mois avant les dates butoirs. Mais les orientations que nous donnerons au budget de l’Union européenne en 2020, date prévue de sortie du Royaume-Uni, se préparent en réalité dès aujourd’hui. C’est pourquoi, dès la fin du mois d’avril, j’irai à la rencontre des porteurs de projets à travers quatre rencontres (une par département), afin que nous élaborions ensemble une contribution qui me donnera mandat pour rallier d’autres régions européennes et ainsi porter une voie forte et commune.

La période que nous traversons, nationalement et internationalement, laisse penser que le socle de notre société pourrait se fracturer dès demain. Il est de notre responsabilité, à nous acteurs et élu.e.s locaux, de faire rempart pour préserver la cohésion. Cette cohésion est locale certes, régionale et bien sûr nationale, mais, je le disais plus tôt, l’Europe fait partie de notre quotidien à toutes et tous. Il faut garder cela à l’esprit dans tout ce que nous entreprenons : notre horizon en Bretagne, c’est l’Europe.

Il faut garder cela à l’esprit dans tout ce que nous entreprenons : notre horizon en Bretagne, c’est l’Europe.

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